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 Parce que moi j'en tremble...Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Marieke
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MessageSujet: Parce que moi j'en tremble...   Mer 26 Avr à 18:50

Bon allez moi je craque, je vous balance le début de la pièce ANTIGONE de Jean Anouilh, et ça je n'ai pas de mots pour vous conjurer de le lire. tragique, sublime, humain, c'est facile à lire et moi ça me fait vibrer jusqu'aux tréfonds. je tremble quand je lis ça.

P.S. : si jamais le prologue vous barbe, (mais ce serait vraiment dommage) Mr. Green , passez au moins au début du dialogue...

je vous embrasse et bonne lecture.

Bien à vous...


Un décor neutre. Trois portes semblables. Au lever du rideau, tous les personnages sont en scène. Ils bavardent, tricotent, jouent aux cartes. Le Prologue se détache et s’avance.

LE PROLOGUE

Voilà. Ces personnages vont vous jouer l’histoire d’Antigone. Antigone, c’est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu’elle va être Antigone tout à l’heure, qu’elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu’elle va mourir, qu’elle est jeune et qu’elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n’y a rien à faire. Elle s’appelle Antigone et il va falloir qu’elle joue son rôle jusqu’au bout... Et, depuis que ce rideau s’est levé, elle sent qu’elle s’éloigne à une vitesse vertigineuse de sa sœur Ismène, qui bavarde et rit avec un jeune homme, de nous tous, qui sommes là bien tranquilles à la regarder, de nous qui n’avons pas à mourir ce soir.
Le jeune homme avec qui parle la blonde, la belle, l’heureuse Ismène, c’est Hémon, le fils de Créon. Il est le fiancé d’Antigone. Tout le portait vers Ismène : son goût de la danse et des jeux, son goût du bonheur et de la réussite, sa sensualité aussi, car Ismène est bien plus belle qu’Antigone, et puis un soir, un soir de bal où il n’avait dansé qu’avec Ismène, un soir où Ismène avait été éblouissante dans sa nouvelle robe, il a été trouver Antigone qui rêvait dans un coin, comme en ce moment, ses bras entourant ses genoux, et il lui a demandé d’être sa femme. Personne n’a jamais compris pourquoi. Antigone a levé sans étonnement ses yeux graves sur lui et elle lui a dit « oui » avec un petit sourire triste... L’orchestre attaquait une nouvelle danse ; Ismène riait aux éclats, là-bas, au milieu des autres garçons et voilà, maintenant, lui, il allait être le mari d’Antigone. Il ne savait pas qu’il ne devait jamais exister de mari d’Anti-gone sur cette terre, et que ce titre princier lui donnait seulement le droit de mourir.
Cet homme robuste, aux cheveux blancs, qui médite là, près de son page, c’est Créon. C’est le roi. Il a des rides, il est fatigué. Il joue au jeu difficile de conduire les hommes. Avant, du temps d’Œdipe, quand il n’était que le premier personnage de la cour, il aimait la musique, les belles reliures, les longues flâneries chez les petits antiquaires de Thèbes. Mais Œdipe et ses fils sont morts. Il a laissé ses livres, ses objets, il a retroussé ses manches et il a pris leur place.
Quelquefois, le soir, il est fatigué, et il se demande s’il n’est pas vain de conduire les hommes. Si cela n’est pas un office sordide qu’on doit laisser à d’autres plus frustes... Et puis, au matin, des problèmes précis se posent, qu’il faut résoudre, et il se lève tranquille, comme un ouvrier au seuil de sa journée.
La vieille dame qui tricote, à côté de la nourrice qui a élevé les deux petites, c’est Eurydice, la femme de Créon. Elle tricotera pendant toute la tragédie jusqu’à ce que son tour vienne de se lever et de mourir. Elle est bonne, digne, aimante ; elle ne lui est d’aucun secours. Créon est seul. Seul avec son petit page qui est trop petit et qui ne peut rien non plus pour lui.
Ce garçon pâle, là-bas, au fond, qui rêve, adossé au mur, solitaire, c’est le Messager. C’est lui qui viendra annoncer la mort d’Hémon tout à l’heure. C’est pour cela qu’il n’a pas envie de bavarder ni de se mêler aux autres. Il sait déjà...
Enfin les trois hommes rougeauds qui jouent aux cartes, leur chapeau sur la nuque, ce sont les gardes. Ce ne sont pas de mauvais bougres, ils ont des femmes, des enfants, et des petits ennuis comme tout le monde, mais ils vous empoigneront les accusés le plus tranquillement du monde tout à l’heure. Ils sentent l’ail, le cuir et le vin rouge et ils sont dépourvus de toute ima-gination. Ce sont les auxiliaires toujours innocents et toujours satisfaits d’eux-mêmes, de la Justice. Pour le moment, jusqu’à ce qu’un nouveau chef de Thèbes dûment mandaté leur ordonne de l’arrêter à son tour, ce sont les auxiliaires de la justice de Créon.
Et maintenant que vous les connaissez tous, ils vont pouvoir vous jouer leur histoire. Elle commence au moment où les deux fils d’Œdipe, Etéocle et Polynice, qui devaient régner sur Thèbes un an chacun à tour de rôle se sont battus et entre-tués sous les murs de la ville, Etéoc1e l’aîné, au terme de la première année de pouvoir, ayant refusé de céder la place à son frère. Sept grands princes étrangers que Polynice avait gagnés à sa cause ont été défaits devant les sept portes de Thèbes. Maintenant la ville est sauvée, les deux frères ennemis sont morts et Créon, le roi, a ordonné qu’à Etéocle, le bon frère, il serait fait d’imposantes funérailles, mais que Polynice, le vaurien, le révolté, le voyou, serait laissé sans pleurs et sans sépulture, la proie des corbeaux et des chacals. Quiconque osera lui rendre les devoirs funèbres sera impitoyablement puni de mort.


Pendant que le Prologue parlait les personnages sont sortis un à un. Le Prologue disparaît aussi.
L’éclairage s’est modifié sur la scène. C’est maintenant une aube grise et livide dans une maison qui dort.
Antigone entrouvre la porte et rentre de l’extérieur sur la pointe de ses pieds nus, ses souliers à la main. Elle reste un instant immobile à écouter. La nourrice surgit.


LA NOURRICE
D’où viens-tu?

ANTIGONE
De me promener, nourrice. C’était beau. Tout était gris. Maintenant, ru ne peux pas savoir, tout est déjà rose, jaune vert. C’est devenu une carte postale. Il faut te lever plus tôt, nourrice, si ru veux voir un monde sans couleurs.
Elle va passer.

LA NOURRICE
Je me lève quand il fait encore noir, je vais à ta chambre pour voir si tu ne t’es pas découverte en dormant et je ne te trouve plus dans ton lit!

ANTIGONE
Le jardin dormait encore. Je l’ai surpris, nourrice.
Je l’ai vu sans qu’il s’en doute. C’est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes.

LA NOURRICE
Tu es sortie. J’ai été à la porte du fond, tu l’avais laissée entrebâillée.

ANTIGONE
Dans les champs c’était tout mouillé et cela attendait. Tout attendait. Je faisais un bruit énorme toute seule sur la route et j’étais gênée parce que je savais bien que ce n’était pas moi qu’on attendait. Alors, j’ai enlevé mes sandales et je me suis glissée dans la campagne sans qu’elle s’en aperçoive...

LA NOURRICE
Il va falloir te laver les pieds avant de te remettre au lit.

ANTIGONE
Je ne me recoucherai pas ce matin.

LA NOURRICE
A quatre heures ! Il n’était pas quatre heures ! Je me lève pour voir si elle n’était pas découverte. Je trouve son lit froid et personne dedans.

ANTIGONE
Tu crois que si on se levait comme cela tous les matins ce serait tous les matins aussi beau, nourrice, d’âtre la première fille dehors?

LA NOURRICE
La nuit ! C’était la nuit ! Et tu veux me faire croire que tu as été te promener, menteuse! D’où viens-tu?

ANTIGONE, a un étrange sourire.
C’est vrai, c’était encore la nuit. Et il n’y avait que moi dans toute la campagne à penser que c’était déjà le matin. C’est merveilleux, nourrice. J’ai cru au jour la première aujourd’hui.

LA NOURRICE
Fais la folle ! Fais la folle ! Je la connais, la chanson. J’ai été fille avant toi. Et pas commode non plus, mais dure tête comme toi, non. D’où viens-tu, mauvaise ?

ANTIGONE, soudain grave.
Non. Pas mauvaise.

LA NOURRICE
Tu avais un rendez-vous, hein ? Dis non, peut-être.

ANTIGONE, doucement.
Oui. J’avais un rendez-vous.

LA NOURRICE
Tu as un amoureux?

ANTIGONE, étrangement, après un silence.
Oui, nourrice, oui, le pauvre. J’ai un amoureux.

LA NOURRICE, éclate.
Ah ! c’est du joli ! c’est du propre ! Toi, la fille d’un roi ! Donnez-vous du mal, donnez-vous du mal pour les élever ! Elles sont toutes les mêmes. Tu n’étais pour-tant pas comme les autres, toi, à t’attifer toujours devant la glace, à te mettre du rouge aux lèvres, à chercher à ce qu’on te remarque. Combien de fois je me suis dit « Mon Dieu, cette petite, elle n’est pas assez coquette! Toujours avec la même robe et mal peignée. Les garçons ne verront qu’Ismène avec ses bouclettes et ses rubans et ils me la laisseront sur les bras. » Hé bien, tu sais, tu étais comme ta sœur, et pire encore, hypocrite ! Qui est-ce ? Un voyou, hein, peut-être ? Un garçon que tu ne peux pas dire à ta famille : «Voilà, c’est lui que j’aime, je veux l’épouser. » C’est ça, hein, c’est ça ? Réponds donc fanfaronne !

ANTIGONE, a encore un sourire imperceptible.
Oui, nourrice.

LA NOURRICE
Et elle dit oui ! Miséricorde ! Je l’ai eue toute gamine ; j’ai promis à sa pauvre mère que j’en ferais une honnête fille, et voilà! Mais cela ne va pas se passer comme ça, ma petite. Je ne suis que ta nourrice et tu me traites comme une vieille bête, bon ! mais ton oncle, ton oncle Créon saura. Je te le promets !

ANTIGONE, soudain un peu lasse.
Oui, nourrice, mon oncle Créon saura. Laisse-moi maintenant.

LA NOURRICE
Et tu verras ce qu’il dira quand il apprendra que tu te lèves la nuit. Et Hémon ? Et ton fiancé ? Car elle est fiancée ! Elle est fiancée, et à quatre heures du matin elle quitte son lit pour aller courir avec un autre. Et ça vous répond qu’on la laisse, ça voudrait qu’on ne dise rien. Tu sais œ que je devrais faire ? Te battre comme lorsque tu étais petite.

ANTIGONE
Nounou, tu ne devrais pas trop crier. Tu ne devrais pas être trop méchante ce matin.

LA NOURRICE
Pas crier ! Je ne dois pas crier par-dessus le marché ! Moi qui avais promis à ta mère. Qu’est-ce qu’elle me dirait si elle était là? «Vieille bête, oui, vieille bête, qui n’as pas su me la garder pure, ma petite. Toujours à crier, à faire le chien de garde, à leur tourner autour avec des lainages pour qu’elles ne prennent pas froid ou des laits de poule pour les rendre fortes ; mais à quatre heures du matin tu dors, vieille bête, tu dors, toi qui ne peux pas fermer l’oeil et tu les laisses filer, marmotte, et quand tu arrives le lit est froid ! » Voilà ce qu’elle me dira ta mère, là-haut, quand j’y monterai, et moi j’aurai honte, honte à en mourir si je n’étais pas déjà morte, et je ne pourrai que baisser la tête et répondre : « Madame Jocaste, c’est vrai. »

ANTIGONE
Non, nourrice. Ne pleure plus. Tu pourras regarder maman bien en face, quand tu iras la retrouver. Et elle te dira: « Bonjour, nounou, merci pour la petite Antigone. Tu as bien pris soin d’elle. » Elle sait pourquoi je suis sortie ce matin.

LA NOURRICE
Tu n’as pas d’amoureux?

ANTIGONE
Non, nounou.

LA NOURRICE
Tu te moques de moi, alors ? Tu vois, je suis trop vieille. Tu étais ma préférée, malgré ton sale caractère. Ta sœur était plus douce, mais je croyais que c’était toi qui m’aimais. Si tu m’aimais tu m’aurais dit la vérité. Pourquoi ton lit était-il froid quand je suis venue te border ?

ANTIGONE
Ne pleure plus, s’il te plaît, nounou.
(Elle l’embrasse.)
Allons, ma vieille bonne pomme rouge. Tu sais quand je te frottais pour que tu brilles? Ma vieille pomme toute ridée. Ne laisse pas couler tes larmes dans toutes les petites rigoles, pour des bêtises comme cela — pour rien. Je suis pure, je n’ai pas d’autre amoureux qu’Hémon, mon fiancé, je te le jure. Je peux même te jurer si tu veux, que je n’aurai jamais d’autre amoureux... Garde tes larmes, garde tes larmes ; tu en auras peut-être besoin encore, nounou. Quand tu pleures comme cela, je rede-viens petite... Et il ne faut pas que je sois petite ce matin.

Entre Ismène.
ISMENE
Tu es déjà levée? Je viens de ta chambre.

ANTIGONE
Oui, je suis déjà levée.

LA NOURRICE
Toutes les deux alors !... Toutes les deux vous allez devenir folles et vous lever avant les servantes ? Vous croyez que c’est bon d’être debout le matin à jeun, que c’est convenable pour des princesses ? Vous n’êtes seule-ment pas couvertes. Vous allez voir que vous allez encore me prendre mal.

ANTIGONE
Laisse-nous, nourrice. Il ne fait pas froid, je t’assure : c’est déjà l’été. Va nous faire du café.
(Elle s’est assise, soudain fatiguée.)
Je voudrais bien un peu de café, s’il te plaît, nounou. Cela me ferait du bien.

LA NOURRICE
Ma colombe! La tête lui tourne d’être sans rien et je suis là comme une idiote au lieu de lui donner quelque chose de chaud.
(Elle sort vite.)

ISMÈNE
Tu es malade?

ANTIGONE
Cela n’est rien. Un peu de fatigue.
(Elle sourit.)
C’est parce que je me suis levée tôt.

ISMÈNE
Moi non plus je n’ai pas dormi.

ANTIGONE, sourit encore.
Il faut que tu dormes. Tu serais moins belle demain.

ISMENE
Ne te moque pas.

ANTIGONE
Je ne me moque pas. Cela me rassure ce matin, que tu sois belle. Quand j’étais petite, j’étais si malheureuse, tu te souviens ? Je te barbouillais de terre, je te mettais des vers dans le cou. Une fois, je t’ai attachée à un arbre et je t’ai coupé tes cheveux, tes beaux cheveux...
(Elle caresse les cheveux d’Ismène.)
Comme cela doit être facile de ne pas penser de bêtises avec toutes ces belles mèches lisses et bien ordonnées autour de la tête !

ISMENE, soudain.
Pourquoi parles-tu d’autre chose?





la suite dans le livre...................................................... Smile biz
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Londa-le-retour
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MessageSujet: Re: Parce que moi j'en tremble...   Sam 20 Mai à 8:34

Shocked Oui beaucoup peuvent se reconnaître dans l'Antigone d'Anouilh.

> C'est un tout petit format j'en recommande aussi la lecture.
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ça vaut mieux que d'attrapper la scarlatine, ça vaut mieux que d'avaler le pont de l'alma...
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